La balade de Petite Poule
26 Mai 2014 § Poster un commentaire
Elle était bien tranquille, la poule d’Anna Walker, à jouer tranquillou sur son trampoline dans sa cambrousse… Jusqu’au jour où, vlam, un grand coup de vent l’emporte jusqu’à la ville. Quelle histoire, mes cocos !
Dame Poule ne se démonte pas. Elle part en balade. Et elle profite de cette expédition citadine jusqu’au moment où son jardin lui manque. Zou cocotte, il est temps de rentrer à la maison. Au fait c’est par où ?
Poulette est débrouillarde : de tournesols en pigeons, elle retrouvera le chemin du poulailler.
Quand la mirifique Anna Walkers a une idée, elle ne se contente pas d’écrire son histoire, puis de la dessiner – ce qui serait déjà pas mal. Elle travaille l’inspiration de mille façons, interroge le vent, ses enfants, sculpte, coud, tricote… Elle se promène en ville, prend des photos, découpe, morcèle, recompose.
De ce travail en patchwork délicat est née l’aventure de sa poule, Peggy dans la version originale. Un album comme je les aime, texte économe, peintures fourmillant de détails… Autrement dit : multiples lectures et relectures en vue.
La balade de Petite Poule, Anna Walker, Circonflexe, 2014
À partir de 3 ans.
Les lions ne mangent pas de croquettes
20 Mai 2014 § Poster un commentaire
André Bouchard nous livre une info de première main, les toutous : contrairement à ce qu’on pourrait croire, les lions ne mangent pas la même chose que les chats (ou les chiens si vous allez par là).
Ceci dit, mister Bouchard n’est pas super clair sur ce qu’ils avalent à la place.
Ce n’est pas bien grave, je vous l’accorde, puisque ces grosses bébêtes se nourrissent toutes seules. De quoi décider les parents qui hésitent encore devant l’adoption d’un animal de compagnie… Si un chat ou un chien représente beaucoup de contraintes, le lion selon André, c’est zéro problème.
Sans doute est-ce ce qui a guidé Clémence dans son choix, après que ses parents ont posé l’interdiction d’usage :
« Pas de chien, ni de chat ! » ont déclaré papa et maman.
Comme Clémence est une petite fille obéissante, elle a donc amené un lion à la maison.
On découvre à cette occasion que le lion est un être fort sociable.
Le lion est très joueur. Et comme André Bouchard possède un humour féroce, on s’amuse autant que Clémence avec son délicieux félin.
Malgré tout, mon ébouriffante honnêteté m’oblige à conseiller aux parents (et aux enfants) sur le point de se laisser séduire par ce sémillant compagnon la lecture intégrale de cet album. La chute désopilante ne laissera personne sur sa faim. Quoique…
Les lions ne mangent pas de croquettes, André Bouchard, Seuil Jeunesse, 2012.
Dès qu’ils songent à adopter un lion – et sinon à partir de 5 ans.
(Attention spoiler : entre cet album et son dernier livre – L’abominable sac à main, chez le même éditeur – tout porte à croire qu’André Bouchard est porté sur les histoires d’ogres. J’adore !)
Apolline chérie !
19 Mai 2014 § Poster un commentaire
Apolline vit avec son meilleur ami, le chevelu monsieur Munroe, au 243 de la tour P.W. Huffledinck surnommée le Poivrier. Son grand appartement abrite sa collection de chaussures et zéro adultes : les parents de la fillette, d’excentriques explorateurs, parcourent le monde à la recherche d’objets rares. Leur présence se résume aux cartes postales que monsieur Munroe ramasse sur le paillasson le matin.
Apolline adore résoudre des énigmes. Ça tombe bien, car le mystère nait sous ses pas, comme les fleurs sous ceux d’Aphrodite. Ce qui nous vaut ces trois bijoux, trois romans junior ébouriffants :
Dans Apolline et le chat masqué, l’enquête porte sur l’étrange disparition de chiens de race. Ont-ils fugué ? Ou pire, été enlevés ? Secondée par monsieur Munroe, l’apprentie détective se lance sur la piste du Chat Masqué, un redoutable cambrioleur qui pourrait bien être impliqué dans cette sombre affaire…
Rien n’effraie Apolline, pas même l’idée que sa nouvelle école soit hantée. Sa capricieuse amie Cécilie peut compter sur elle ! Elle va démasquer Le Fantôme de l’école qui terrorise les élèves à la tombée de la nuit.
Où Apolline a-t-elle la tête ? Elle n’écoute jamais monsieur Munroe. Il a pourtant quelque chose à lui révéler. Heureusement, quand il fugue en Norvège à la recherche du Très Grand Troll, elle part sur ses traces avec l’ours du sous-sol. Voici Apolline en mer…
Chaque livre de Chris Riddell est un trésor et cette série ne fait pas exception à la règle, avec son héroïne solitaire et émouvante, et son ami enfantin, la créature des marais norvégiens. Chaque image foisonne de détails à l’humour fantasque, l’illustration complétant ou infirmant la narration.
Le bizarre s’épaissit, les indices se multiplient, cocasses, discrets, malicieux… Au lecteur de les décrypter, pour accompagner Apolline et son super copain dans leurs aventures délirantes.
Alice B. Dupont présenta tout le monde à Apolline. Il y avait Brian, le fils de l’homme invisible, et son chien Rafistole. Puis les sœurs Watt, Orvilise et Wilberta, accompagnées de leur toucan, Richard. Derrière elles, étaient assis la sultane de Pahang et Coucou, son éléphant à poils longs.
Dans la version anglaise, Apolline se prénomme Ottoline et de délicieux bonus accompagnent les livres, cartes postales timbrées (ha ha) ou lunettes permettant de suivre les empreintes du Très Grand Troll au fil des pages… Tant mieux pour eux !
Apolline et le chat masqué, Apolline et le fantôme de l’école, Apolline en mer, Chris Riddell, Milan Jeunesse.
À partir de 7 ans.
Combien de temps ?
12 Mai 2014 § Poster un commentaire
Combien de temps a-t-il fallu à Chloé Perarnau ? Une seconde pour sortir ses crayons de couleur, une minute pour les tailler, une demi-heure pour les ranger par dégradés, une journée pour se lancer, une semaine pour savoir que l’idée était belle, un été pour tout dessiner… Et toute une vie, je l’espère, pour imaginer d’autres albums aussi poétiques que celui-ci, premier essai parfait et délicat.
C’est quoi le temps qui passe ? Combien de temps ça prend de grandir ?
Un frère et sa petite sœur esquissent les questions auxquelles l’artiste répond en égrenant le temps, de la seconde à l’année, de la décennie à toute la vie. Instantanés, moments volés, moments heureux. Coucou frérot, remember…
Combien de temps pour être heureux ?
Combien de temps, Chloe Perarnau, Actes sud junior, 2013
Dès 3 ans. Et jusqu’à beaucoup plus, avec un brin de nostalgie.
Le roi des oiseaux
6 Mai 2014 § Poster un commentaire
Connaissez vous le conte du roitelet, les boutons d’or ? Comme tant d’autres, il nous est parvenu par l’entremise des frères Grimm.
Avec Le roi des oiseaux, Gwendal Le Bec en donne une version toute personnelle qui ne s’intéresse qu’à la première partie du conte. Alors, c’est quoi le message ? Pas que le mérite est récompensé en tous cas, ni les gros becs. Plutôt la chance ou le culot. L’on en déduira que cet album parle au jeune lecteur, sans faux semblants, de la vraie vie.
L’histoire, grosso modo, c’est les oiseaux qui décident de se choisir un roi. Là je vous le donne en mille, ils ont une méthode infaillible : « Hé les cui-cui, on n’a qu’à prendre celui qui vole le plus près du soleil et puis c’est marre. » Déjà, pas de bol pour ceux qui ont zéro chance de décoller. Les dindons peuvent aller se remplumer.
En même temps on ne va pas demander aux canaris de nous donner des leçons de démocratie. Ceux qui avaient planifié un café philopolitique à l’issue de la lecture opteront avec profit pour La république de Platon. Mais après ils ne viendront pas se plaindre qu’on leur a carotté la double page d’imitations.
À ce propos, les parents sensibles de la feuille garderont des bouchons d’oreilles à portée de tympan. Parce que là, ça peut vite déraper et virer au dawa :
Gwendal Le Bec s’est bien éclaté à dessiner ses piaferies.
La mêlée emplumée ébouriffe soudain sa sobre bichromie. Youpi ! (Non mais qu’écris-je ?)
L’aventure n’oubliant ni la chouette, ni le hibou, ni la pie, ni personne, on suit avec enthousiasme son élan débordant, pour filer jusqu’au soleil dans le sillage de l’aigle. Gros suspens… À la fin, on découvre qui a gagné. Ce qui est d’un intérêt capital.
Si.
Ce matin tandis que je promenais le chien, un gros corbeau perché sur une poubelle m’a carrément insultée. L’autre ! Je suis direct allée le crouaker au roi des oiseaux. J’en connais un qui va se faire relifter les plumettes.
Le roi des oiseaux, Gwendal Le Bec, Albin Michel Jeunesse, 2011
Le rapetissement de Treehorn
28 avril 2014 § Poster un commentaire
Treehorn rétrécit, les mistons.
Et pas qu’un peu. Ses vêtements sont trop grands, il doit s’asseoir sur des coussins pour manger à table, il ne peut plus atteindre la boite aux lettres… C’est tout de même inquiétant. Quand on est un enfant, on est censé grandir.
Ses efforts pour alerter ses proches sur cet ennui de taille (ha ha) se heurtent à une incompréhension totale. Ses parents lui interdisent de rapetisser à table, le chauffeur de bus refuse de le reconnaître, la maîtresse le prie d’arrêter de se faire remarquer. Chaque adulte y va de ses recommandations aussi absurdes qu’inutiles, avant de se désintéresser du problème.
Quant à son copain Moshie, il trouve ça débile.
Il faut vraiment être débile pour en arriver là, dit Moshie. Tu fais toujours des trucs débiles, mais là c’est le truc le plus débile que j’ai jamais entendu.
Aucun doute, si Treehorn ne veut pas disparaître, il lui faut se débrouiller tout seul pour inverser le mouvement. Et ressortir son Grand Jeu Qui Fait Grandir Les Enfants (gagné grâce aux boîtes de céréales) pour finir la partie entamée quelques jours plus tôt.
Sa guérison aura des effets secondaires, mais Treehorn a acquis de l’expérience… Même si celle-ci semble un peu désabusée, elle est d’une infinie sagesse. Les grands sensibles comprendront.
Dans cette première aventure, Treehorn convoque le souvenir d’une certaine Alice au pays des Merveilles. Son pays à lui cultive plutôt le conformisme, toutefois les règles absurdes qui le régissent provoquent les mêmes effets d’humour. Digne et désespéré, le héros se heurte à l’indifférence générale et cette totale absence de communication qui sont, en somme, les grandes expériences de l’enfance.
Florence Parry Heide, l’auteur de ce livre extraordinaire paru pour la première fois en 1971, a vu le jour en Pennsylvanie, dans la ville de Punxsutawney, célèbre pour sa marmotte. On imagine fort bien Treehorn rapetisser dans un bled où Bill Murray manqua rester prisonnier d’Un jour sans fin.
Concernant l’illustrateur, le génial Edward Gorey, je ne vous apprendrai sans doute pas que sa mère a chanté La Marseillaise dans Casablanca ni que Tim Burton adore son univers. Mais saviez vous qu’il était fan de Buffy contre les vampires ? Comme toute personne de goût finalement.
Le rapetissement de Treehorn, Florence Parry Heide & Edward Gorey, Éditions Attila, 2009.
Indispensable dès 7 ans.
L’ombre de chacun
21 avril 2014 § 2 Commentaires
Ha, l’univers de Mélanie Rutten… Ses dessins d’abord, mais pas seulement. Parce que oui, Mélanie fait partie de ces auteurs qui écrivent ET dessinent. Un peu vexant pour les autres, non ?
Ceci étant, je ne suis pas jalouse, Dame Nature m’a pourvue d’autres talents. Par exemple, je sais nouer les queues de cerise avec ma langue. Yes ! Pas sûr que Mélanie Rutten dispose de cette précieuse compétence. Et je peux cracher les noyaux super loin. À l’heure qu’il est, je suis probablement championne de crachat de noyau de cerise. La jeune génération me talonne mais j’ai un peu d’avance. Pour tout avouer, j’ai passé beaucoup de temps, pendant ma scolarité, à étudier perchée en haut d’un cerisier.
Pas de cerises dans L’ombre de chacun, mais des cerisiers, je suis sûre d’en avoir vus. Et un cerf qui ramasse des brindilles, un petit lapin qui veut apprendre à être seul, un chat rêveur, un soldat bagarreur, un livre bavard, des astres, une ombre évidemment…
Sans crainte d’ellipse, de courts chapitres construisent cette aventure initiatique, où le désir de grandir le dispute à la crainte, l’amitié à la colère, les histoires à la peur du noir.
Généreux et intrépides, les héros ressemblent aux enfants qu’on a été, aux parents qu’on voudrait être, et à nos enfants, à leurs copains, à tous les enfants avides de parcourir le monde, de construire des cabanes et d’aimer.
Quand est-ce qu’on sait qu’on est grand ? demande le Lapin.
– Quand on sait faire et défaire les nœuds, dit le Soldat.
– Non, quand on est amoureux, répond le Chat.
Il y a dans ce livre assez d’énergie, de joie et de mélancolie pour nous accompagner longtemps. Assez de jour et de nuit, de mystère aussi. J’ai hâte de le relire cet été, couchée sous les étoiles. Ou perchée en haut d’un cerisier.
L’ombre de chacun, Mélanie Rutten, éditions MeMo, 2013
À partir de tout le temps.
Popdouwizz
16 avril 2014 § 2 Commentaires
Encore une enfant à qui ses parents refusent l’animal de compagnie de ses rêves ! Ça commence à m’ébouriffer. Que fait la police des copains pour la vie ?
Céleste trouve la solution : elle adopte un Popdouwizz, nuage morphoélastique, tout doux et glouton – et aussi super absorbant, ce qu’elle le découvre en prenant son bain avec lui. Il a bien d’autres talents, comme par exemple le don d’invisibilité. Ou des trucs carrément plus bizarres…
Un copain pour la vie qui sent bon le pop corn et fait caca des papillons, qui dit mieux ?
Le but du jeu étant de le garder toujours avec soi (pour le dîner, faire dodo, aller à l’école), Céleste élabore des stratégies. Mais la présence de ce petit compagnon, pas très doué pour l’incognito, provoque des rebondissements complètement déglingués dans sa vie quotidienne.
Avec ses couleurs joyeuses et sa folle liberté, Lili Scratchy sème la fantaisie partout où elle passe, tant mieux. Je me suis bien poilée en lisant ce petit roman graphique à mon popdouwizz à moi. Et il a eu le même effet sur notre journée qu’un bol de céréales aux chamallow multicolores : youpla boum, tralalalalère et vive l’anarchie !
Popdouwizz, Lili Scratchy, Les fourmis rouges, 2013
À partir de 7 ans.
Dodsworth in New York
14 avril 2014 § Poster un commentaire
Dans les livres de Tim Egan, il y a ce canard zinzin, il est d’enfer ! C’est celui de Bill, l’éléphant qui tient le meilleur café restaurant de la ville. Ne me demandez pas quelle ville : si je le savais, je serais en train de déguster ses pancakes ou ses tartelettes, au lieu de prendre racine devant mon ordinateur.
J’ai rencontré Bill et son canard avec Ça va barder ! La scène où le canard bombarde les méchants tigres de soufflés au chocolat nous a tellement fait gondoler, mes putchs et moi, qu’ils m’ont réclamé ce livre au moins 3650 soirs de suite. Après quoi ils sont directement passés à Breaking Bad, encore une histoire où ça barde.
Quelle ne fut pas ma joie de découvrir que le canard a fait son come back !
Ce cinglé embarque en loucedé dans la valise de Dodsworth, venu petit déjeuner chez Bob avant de prendre le train pour New York… d’où il gagnera Paris et Londres. Un petit roman par capitale ? Yum yum ! J’ai aussi sec ébouriffé mon budget culturel pour m’approvisionner en canard, remisant sous mon lit Les moralistes du XVIIe, ouvrage vivement recommandé par l’Auteur.
Mes tigrounets, Creazy duck n’a pas changé. Il passe son temps à faire des bêtises, bombarde les gens de pancakes, de pain, de pop corn, d’avions en papier (enfin, en euros) et de fléchettes… Il s’échappe, se perd, voyage en train, en bateau, en ballon… Et de Brooklyn Bridge à Buckingham Palace, en passant par Notre-Dame de Paris où il sonne les cloches avec un drôle de bossu, Coin-Coin met un souk pas possible. Dodsworth lui colle au train en essayant de rattraper le coup. Duo mal assorti, comparse excentrique, situations farfelues, rebondissements imprévus : la parfaite screwball comedy à l’ancienne, mais à l’encre et à l’aquarelle. Tim Egan a une imagination aussi cinglée que son canard et ses dessins sont fantastiques.
Alors j’en vois qui ronchonnent parce que c’est en anglais. Allô les éditeurs ? Il y a un canard à adopter par ici !
Dodsworth in New York, Dodsworth in Paris et Dodsworth in London, Tim Egan, Houghton Mifflin Harcourt, 2007 – 2008 – 2009.
À partir de 6 ans, et jusqu’à beaucoup plus en guise de consolation à la fin de Breaking Bad.
Ah tiens, on me signale en régie que Dodsworth et son caneton ont aussi visité Rome et Tokyo. Crotte ! Les moralistes du XVIIe n’ont pas fini d’attendre.
Sans oublier : Ça va barder ! Tim Egan, Bayard éditions, 1999. Malheureusement épuisé, mais on le trouve d’occasion.
3 femmes et un fantôme
11 avril 2014 § Poster un commentaire
Pourquoi choisit-on un livre plutôt qu’un autre ? Dans ce cas précis, le mot fantôme n’est évidemment pas étranger à l’affaire.
Ai-je mentionné avoir déjà eu maille à partir avec un fantôme dans un château en Dordogne ? Pourtant je ne crois pas en eux. Toutes ces histoires, ce n’est pas sérieux.
D’ailleurs comment prendre au sérieux des créatures assez stupides pour apparaître à quelqu’un qui va leur rire au nez, vu qu’il ne croit pas en eux. (Vous me suivez ?)
Autant vous dire que la nuit de mon fantôme, j’ai bien ri. Et le lendemain matin j’ai plié bagage. À mon avis, les vacances sont faites pour se reposer, pas pour passer des heures à glousser à gorge déployée au nez d’un ectoplasme.
Pour en revenir à ce roman où le cocasse, à défaut du rire, surgit souvent, il y est beaucoup question de l’enfance et du lien maternel. Quant au fantôme, Irlande oblige, on ne se pose même pas la question de son existence, il est là, un point c’est tout. Et il joue un rôle émouvant, dans une mise en abîme générationnelle ingénieuse. Pour ne pas gâcher le plaisir, je dirai seulement qu’il forme avec les 3 femmes du titre une lignée fantasque – dont l’aînée est de beaucoup plus jeune que sa fille – réunie pour affronter une mort.
Elle s’endormait souvent en comptant les voitures. C’est pourquoi elle gardait ses rideaux ouverts. Et ce soir-là, c’était encore plus intéressant parce que la femme que Mary avait rencontrée dans la journée était assise dehors, sur l’appui de la fenêtre.
Le récit à quatre voix prend son temps. Le temps d’observer et de ressentir, de poser des questions inattendues ou longtemps retenues, d’écouter, de répondre, et de vivre des moments saugrenus (quand le fantôme, parti chercher une glace pour les trois autres dans une boutique fermée, ressort par la cheminée parce que les glaces, contrairement à lui, ne peuvent traverser la porte)… Roddy Doyle aborde avec humour, franchise et délicatesse des thèmes difficiles. L’amour qu’il porte à ses personnages ne le conduit pas forcément à leur faciliter la vie… Au moins rendra-t-il la mort plus douce.
Hé, les fantômes ! Si vous voulez me convaincre, la prochaine fois apportez des cornets pistache chocolat.
3 femmes et un fantôme, Roddy Doyle, Flammarion, 2013
À partir de 13 ans et jusque dans l’au delà.

































