Combien de temps ?

12 mai 2014 § Poster un commentaire

combien de temps chloé perarnauCombien de temps a-t-il fallu à Chloé Perarnau ? Une seconde pour sortir ses crayons de couleur, une minute pour les tailler, une demi-heure pour les ranger par dégradés, une journée pour se lancer, une semaine pour savoir que l’idée était belle, un été pour tout dessiner… Et toute une vie, je l’espère, pour imaginer d’autres albums aussi poétiques que celui-ci, premier essai parfait et délicat.

C’est quoi le temps qui passe ? Combien de temps ça prend de grandir ?

Un frère et sa petite sœur esquissent les questions auxquelles l’artiste répond en égrenant le temps, de la seconde à l’année, de la décennie à toute la vie. Instantanés, moments volés, moments heureux. Coucou frérot, remember

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Combien de temps pour être heureux ?

Combien de temps, Chloe Perarnau, Actes sud junior, 2013

Dès 3 ans. Et jusqu’à beaucoup plus, avec un brin de nostalgie.

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Le rapetissement de Treehorn

28 avril 2014 § Poster un commentaire

le rapetissement de Treehorn

Treehorn rétrécit, les mistons.

Et pas qu’un peu. Ses vêtements sont trop grands, il doit s’asseoir sur des coussins pour manger à table, il ne peut plus atteindre la boite aux lettres… C’est tout de même inquiétant. Quand on est un enfant, on est censé grandir.

Ses efforts pour alerter ses proches sur cet ennui de taille (ha ha) se heurtent à une incompréhension totale. Ses parents lui interdisent de rapetisser à table, le chauffeur de bus refuse de le reconnaître, la maîtresse le prie d’arrêter de se faire remarquer. Chaque adulte y va de ses recommandations aussi absurdes qu’inutiles, avant de se désintéresser du problème.

Bon, ça ira pour aujourd'hui, dit sa maîtresse. Mais arrange ça avant demain.

Bon, ça ira pour aujourd’hui, dit sa maîtresse. Mais arrange ça avant demain.

Quant à son copain Moshie, il trouve ça débile.

Il faut vraiment être débile pour en arriver là, dit Moshie. Tu fais toujours des trucs débiles, mais là c’est le truc le plus débile que j’ai jamais entendu.

Aucun doute, si Treehorn ne veut pas disparaître, il lui faut se débrouiller tout seul pour inverser le mouvement. Et ressortir son Grand Jeu Qui Fait Grandir Les Enfants (gagné grâce aux boîtes de céréales) pour finir la partie entamée quelques jours plus tôt.

Sous le lit traînait un jeu qu'il avait glissé là puis oublié.

Sous le lit traînait un jeu qu’il avait glissé là puis oublié.

Sa guérison aura des effets secondaires, mais Treehorn a acquis de l’expérience… Même si celle-ci semble un peu désabusée, elle est d’une infinie sagesse. Les grands sensibles comprendront.

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C’est une très bonne taille, et si j’étais toi, je ne me remettrais pas à rapetisser.

Dans cette première aventure, Treehorn convoque le souvenir d’une certaine Alice au pays des Merveilles. Son pays à lui cultive plutôt le conformisme, toutefois les règles absurdes qui le régissent provoquent les mêmes effets d’humour. Digne et désespéré, le héros se heurte à l’indifférence générale et cette totale absence de communication qui sont, en somme, les grandes expériences de l’enfance.

Florence Parry Heide, l’auteur de ce livre extraordinaire paru pour la première fois en 1971, a vu le jour en Pennsylvanie, dans la ville de Punxsutawney, célèbre pour sa marmotte. On imagine fort bien Treehorn rapetisser dans un bled où Bill Murray manqua rester prisonnier d’Un jour sans fin.

Concernant l’illustrateur, le génial Edward Gorey, je ne vous apprendrai sans doute pas que sa mère a chanté La Marseillaise dans Casablanca ni que Tim Burton adore son univers. Mais saviez vous qu’il était fan de Buffy contre les vampires ? Comme toute personne de goût finalement.

Le rapetissement de Treehorn, Florence Parry Heide & Edward Gorey, Éditions Attila, 2009.

Indispensable dès 7 ans.

L’ombre de chacun

21 avril 2014 § 2 Commentaires

L'ombre de chacun-couvHa, l’univers de Mélanie Rutten… Ses dessins d’abord, mais pas seulement. Parce que oui, Mélanie fait partie de ces auteurs qui écrivent ET dessinent. Un peu vexant pour les autres, non ?

Ceci étant, je ne suis pas jalouse, Dame Nature m’a pourvue d’autres talents. Par exemple, je sais nouer les queues de cerise avec ma langue. Yes ! Pas sûr que Mélanie Rutten dispose de cette précieuse compétence. Et je peux cracher les noyaux super loin. À l’heure qu’il est, je suis probablement championne de crachat de noyau de cerise. La jeune génération me talonne mais j’ai un peu d’avance. Pour tout avouer, j’ai passé beaucoup de temps, pendant ma scolarité, à étudier perchée en haut d’un cerisier.

L'Ébouriffée a passé un bac option cerises, c'était très dur.

L’Ébouriffée a passé un bac option cerises, c’était très dur.

Pas de cerises dans L’ombre de chacun, mais des cerisiers, je suis sûre d’en avoir vus. Et un cerf qui ramasse des brindilles, un petit lapin qui veut apprendre à être seul, un chat rêveur, un soldat bagarreur, un livre bavard, des astres, une ombre évidemment…

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Y’a plus de cerises, les gars… L’Ébouriffée a tout mangé !

Sans crainte d’ellipse, de courts chapitres construisent cette aventure initiatique, où le désir de grandir le dispute à la crainte, l’amitié à la colère, les histoires à la peur du noir.

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Allons disputer à l’Ébouriffée son titre de championne de crachat de noyaux.

Généreux et intrépides, les héros ressemblent aux enfants qu’on a été, aux parents qu’on voudrait être, et à nos enfants, à leurs copains, à tous les enfants avides de parcourir le monde, de construire des cabanes et d’aimer.

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Quand est-ce qu’on sait qu’on est grand ? demande le Lapin.

– Quand on sait faire et défaire les nœuds, dit le Soldat.

– Non, quand on est amoureux, répond le Chat.

Il y a dans ce livre assez d’énergie, de joie et de mélancolie pour nous accompagner longtemps. Assez de jour et de nuit, de mystère aussi. J’ai hâte de le relire cet été, couchée sous les étoiles. Ou perchée en haut d’un cerisier.

L’ombre de chacun, Mélanie Rutten, éditions MeMo, 2013

À partir de tout le temps.

Où suis-je ?

Entrées taguées grandir sur les carnets de l'ébouriffée.

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