En une seconde

8 avril 2014 § Poster un commentaire

En une secondeSteve Jenkins raconte ce qui peut se produire en une seconde. Alors là, mes colibris, ça va en étonner plus d’un mais il se passe des trucs ébouriffants.

D’ailleurs le soir où je dévorais ce fabuleux documentaire, l’enthousiasme m’a obligée à fournir 84 informations capitales (3 fois par page et encore je me suis retenue) à l’Auteur qui tentait de relire À la recherche du temps perdu dans son coin. Il n’était pas très content. La notion du temps est aussi difficile à aborder pour lui que pour Marcel Proust.

Mais précisément, me dira-t-on, comment ne pas l’avertir qu’en une seconde un bourdon bat des ailes 200 fois ! Un faucon pèlerin parcourt 91 mètres en piqué ! Une libellule vole sur 15 mètres ! En une seconde, rendez-vous compte !

C’est pour ça que mon fils n’avait aucune chance d’échapper à celle qui l’a poursuivi une heure durant dans les Gorges du Verdon. En plus, elle était amoureuse. J’ai fourni cette conclusion à l’Auteur.

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En une seconde, on cligne 7 fois des yeux, 4 bébés naissent, 2 personnes meurent !

Après je suis passée à la minute (un escargot se déplace de 30 centimètres). À l’heure (la Terre se prend 3402 kilos de débris spaciaux, tu m’étonnes qu’on se retrouve tout le temps un aspirateur à la main). À la semaine (une citrouille géante va grossir de 68 kg ! Non mais la soupe qu’on pourrait préparer avec ça). Au mois (3 mm d’ongles en rab, oh-hé les ados c’est pour ça qu’il faut les couper de temps en temps sous peine de perforer ses chaussettes)…

En une année, l’Amérique du Nord s’éloigne de 2,5 cm de l’Europe. OK, je peux carrément dire adieu à mon frère qui vit là bas maintenant. À ce rythme je ne suis pas prête de le revoir.

Et je ne vous dis pas tout, sinon vous allez passer bien plus qu’une minute à lire cet article.

En une heure, une étoile de mer avance de 9 mètres et le Soleil de 965 000 km !

En une heure, une étoile de mer avance de 9 mètres et le Soleil de 965 000 km !

Ah tiens, j’allais oublier de préciser ce qu’on ne peut pas faire en une heure, quand on partage la vie d’une fille plongée dans cet album : relire une phrase de Proust. Cher Auteur, pour les réclamations, adressez vous à Steve Jenkins. Comme il vit aux États-Unis, lesquels s’éloignent de notre bon vieux continent à vue d’œil, bonne chance pour le rattraper.

En une seconde – une autre façon de regarder le temps qui passe, Steve Jenkins, Circonflexe, 2011

À partir de 157 680 000 secondes.

Un peu perdu

2 avril 2014 § 1 commentaire

Un peu perdu - Chris HaugthonBébé Chouette est tombé du nid, mes sucres ! Il ne manquait plus que ça.

Coup de bol, il atterrit aux pieds d’un écureuil hyper serviable qui veut l’aider à retrouver sa maman.

Enfin coup de bol, c’est vite dit, parce qu’il n’a pas inventé le fil à couper les boules de gui, cet écureuil. Il emmène Bébé Chouette chez d’autres mamans que la sienne. Ouf, heureusement ils rencontrent une grenouille un peu moins nouille et tout finit bien. Enfin… Quoique… Ho-oh !

Avec l’irrésistible Chris Haughton, ça s’arrête toujours sur un gros suspens. J’ai adoré son citadin Oh non, George ! Et le revoici pour un album en forêt. C’est drôle, original, craquant. Achtung bicyclette, c’est une spécialiste des chouettes qui vous le dit. (Je vous ai déjà raconté la nuit où je me suis pris en plein nez une chouette chevêche ?)

C'est décidé, je me jette sur le nez de l'Ébouriffée !

C’est décidé, je me jette sur le nez de l’Ébouriffée…

En plus il y a un sens méga métaphysique, comme l’indique la citation finale, extraite de Robinson Crusoé (Daniel Defoe, traduction de Pétrus Borel, 1833) :

Ainsi nous ne voyons jamais le véritable état de notre position avant qu’il n’ait été rendu évident par des fortunes contraires, et nous n’apprécions nos jouissances qu’après que nous les avons perdus.

Et toc ! Médite ça avant de dormir, ma sucrette, ça t’occupera en attendant le prix Nobel.

Zut, raté !

Zut, raté !

Un peu perdu, Chris Haughton, Éditions Thierry Magnier, 2013

À partir de 2 ans (ou avant s’il sait déjà grimper aux arbres et imiter la chouette chevêche).

The house that mouse built

31 mars 2014 § Poster un commentaire

mouse-cover-largerLe monde de Maggie Rudy est un conte de fée. C’est bien simple, si je n’avais pas une peur bleue des souris, je voudrais vivre là bas. J’en entends qui se moquent ? On en reparlera quand vous aurez eu une invasion de souris dans votre cabane, avec des locataires surprise jusque dans vos bottes…

Hey, les souris, soyez pas neu neu. Au lieu de squatter mes shoes, trouvez vous une brioche, comme Musetta, son chériceau et leur Wolly Bear. (Tiens, je vais adopter une chenille, ça a l’air super courageux, pas comme mon chien qui a peur des aubergines, mais passons.)

Monsieur le juge, une horrible humaine a volé notre botte !

Monsieur le juge, une horrible humaine a volé notre botte !

Cette histoire d’amour exquise, inspirée de la nursery rhyme The house that Jack built, nous entraine dans la vie de la famille souris. Apparemment chez les souris, c’est les filles qui se tapent tout le boulot. Pourvu que l’Auteur avec qui je vis ne passe pas par là.

Oh hé, monsieur souris, tu fais la sieste ou quoi ?

À part ça je ne vois rien à redire. Tout est tellement mimi. Et maintenant que vos enfants sont bilingues, ils pourront vous aider s’il vous manque du vocabulaire. Ha ha, je plaisante, en réalité c’est facile à suivre.

This is Musetta, fast on her feet

Who stole the cheese, tempting and sweet

Set in the house that Mouse built.

Si ça se trouve, depuis que je l’ai acheté, il a peut-être été traduit en français !

The House That Mouse Built, Maggie Rudy (les souris), Pam Abrams (texte) et Bruce Wolf (photos), Downtown Bookworks, 2011

À partir de 4 ans, avant ils iraient voler vos brioches pour héberger des souris.

Les Filouttinen

27 mars 2014 § 1 commentaire

Les filouttinenElle en a du bol, Liisa ! Enlevée par de truculents bandits de grand chemin, elle va passer les meilleures vacances de sa vie à se gaver de bonbecs et apprendre les ficelles du braquage ou du lancer de couteau, en parcourant la Finlande dans un road movie échevelé.

J’ai un faible pour la littérature scandinave depuis que ma copine d’enfance, une Suédoise nommée Fifi, me l’a fait découvrir. Aujourd’hui, repérer un livre jeunesse écrit à la lumière d’une aurore boréale suffit à dérider mes grands zygomatiques. Je ne sais pas si c’est ce qu’ils mangent là bas (hareng, wasa, herbes fraiches) ou les journées d’été et les longues nuits d’hiver, mais leurs bouquins sont sévèrement cinglés.

Fifi avait un singe (moi j'avais un frère)

Fifi avait un singe (moi j’avais un frère)

Ce roman ne fait pas exception, mes myrtilles. Ça démarre sur les chapeaux de roues – avec maman Filouttinen au volant comment en serait-il autrement ? Les Filouttinen ne braquent d’ordinaire que des objets usuels et de la nourriture, mais dans le feu de l’action, ils kidnappent Liisa par inadvertance. Tant pis, pas question de la rendre. En plus c’est leur meilleure prise depuis des siècles : elle est super maligne !

Eux-mêmes ne sont toujours très fute-fute. Ils compensent par d’autres qualités inestimables : leur art consommé de l’abordage de voiture à la viking (avec pillage de banquette arrière et de malle coffre express) et un cœur gros comme ça.

Tu te rappelles quand on semé le policier de Kummola et tout le toutim ? Ah, il courait comme un lapin, c’gros dodu ! Y’a pas ! Devait avoir sacrément la pétoche devant sa bonne femme, çui-là, pour en arriver là !

Alors pourquoi s’échapper, quand les vacances qui se profilaient si rasoirs en famille deviennent d’un coup palpitantes et sauvages ? Manger avec les doigts, punkiser des barbies, semer des pets de souris, traquer des paletots noirs, pratiquer la Fête des Bandits, son TaLu, ses ExCo, parier du vomi d’ovni… Liisa vit l’expérience à fond. Elle porte sur ses brigands poilants un regard d’ethnologue, tour à tour stupéfait, intrigué, amusé, passionné puis attendri. Et découvrant la liberté, elle en apprend le prix. Mais quand l’aventure tourne au vinaigre, elle décide de la sauver…

Coucou, c’est moi qui l’ai écrit. Et je suis rousse, comme Fifi !

Coucou, c’est moi qui l’ai écrit. Et je suis rousse, comme Fifi !

Grâce à l’ingéniosité de ce petit ange voyageur (qui voyage léger : un stylo et un carnet truffé de notes au fil de l’aventure), au terme de multiples rebondissements, chaque Filouttinen trouve exactement la place qu’il cherchait dans sa famille et dans le monde. Et nos grands zygomatiques ont bien travaillé.

Il paraît qu’une adaptation cinématographique est en cours, affaire à suivre.

Les Filouttinen, Siri Kolu, Didier Jeunesse, 2013

À partir de 10 ans pour mieux profiter du vomi d’ovni.

Les enfants sont méchants

23 mars 2014 § Poster un commentaire

les enfants sont méchants - couvJe signalais l’autre jour en passant que les enfants sont méchants. Vincent Cuvellier est d’accord avec moi, mes petits beurres. Il en fait l’accablante démonstration dans un ouvrage irrésistible qui a bien fait poiler mes ados. Pourtant à leur place j’aurais été vexée. Cet album les décrit fort bien quand ils étaient petits, il n’y a pas si longtemps en fait. Mais aujourd’hui ils chaussent du 43, alors ils ne se sentent pas visés. On ne peut pas leur en vouloir : comme le rappelle l’ébouriffant Vincent, les enfants sont méchants et en plus ils sont bêtes.

Aurélie Guillerey a très bien dessiné mes garçons, je les ai reconnus tous les deux. Elle est trop forte ! J’ai aussi repéré mes nièces, leurs cousines, les enfants de mes cousins, le fils de ma copine Coco, sa fille aussi (mais elle, elle est trognon en fait). Ho là là, en plus j’ai reconnu l’Auteur avec lequel je vis, quand il avait huit ans. Sauf que Vincent et Aurélie ont drôlement atténué les faits, parce que lui, il n’a pas juste colorié en débordant : il a entièrement repeint l’allée de l’immeuble en bleu. En même temps faut être complètement inconscient pour ranger des pots de peinture dans sa cave alors qu’il y a des enfants dans le coin : les enfants sont tellement méchants.

Un jour une petite fille a mordu un petit garçon ! Vous vous rendez compte ? Mordu un petit garçon ! Et savez vous ce qu’à fait le petit garçon ? Il a tiré les cheveux de la petite fille ! Vous vous rendez compte ? Ça fait super mal !

Comment ça on parle de mon frère et moi ici ? Mais enfin, ma chère mère, zip it ! Pff, les parents aussi, des fois ils sont pas gentils.

Hi hi, on t'a reconnu, Pablo !

Hi hi, on t’a reconnu, Pablo !

Les enfants sont méchants, Vincent Cuvellier (texte) et Aurélie Guillerey (ill), Gallimard Jeunesse Giboulées, 2012

À partir de 4 ans, avant ils sont surtout trognons.

La mafia du chocolat

19 mars 2014 § 1 commentaire

La mafia du chocolatL’eau est rationnée, le papier aussi, les coups de fil sont minutés, on se nourrit au marché noir et on s’habille vintage. Pour un adolescent, vivre à New York en 2083 présente quelques inconvénients. Et encore vous ne savez pas tout : le chocolat et le café sont illégaux. Argh !

(J’ai un ami qui prétend se passer de chocolat depuis qu’il a changé de vie grâce à la PNL – pouvoir illimité, ta-dam ! Je le soupçonne de mentir pour ne pas à avoir à partager ses provisions avec sa femme et sa fille.)

Parfois, on se demande d’où les auteurs sortent leurs idées. Gabrielle Zevin doit avoir un copain comme le mien. À moins qu’elle soit elle aussi une camée du cacao, une pintée de la caféine. Déjà, je lui suppose les mêmes penchants que les miens pour Shakespeare, David Copperfield, le Japon et la trilogie du Parrain. Parce qu’il y a tout ça dans son chocolat. But attention : vous ne boirez plus jamais le votre du même œil après avoir lu ce livre.

Anya Balanchine (non mais quel nom génial !), 16 ans, a des dispositions pour la rébellion. Normal, c’est la fille aînée de feu the big parrain russe de la mafia new-yorkaise. Bien qu’elle tente de rester à l’écart des affaires familiales (ça me rappelle un certain Michael Corleone), elle finit par plonger les mains dans le cacao de contrebande et prendre les rênes de l’organisation. Cette fille ne fait pas les choses à moitié. Conséquences prévisibles (cf Micky) : complications fraternelles, deuils à répétition, jalousies, complots, rivalités et amours contrariés.

Coucou Anya, ici le cousin Micky !

Merci de ne pas juger ce livre d’après sa couverture. (Houston Albin Michel ? We’ve had a problem !) L’écriture est énergique et directe. Le récit, inventif, intelligent, romantique… Donc même si ça change un peu de Jane Austen, ça devrait plaire aux filles.

2 tomes sont déjà là, le troisième ne tardera pas – on le trouve déjà en anglais. Moi je n’ai pas eu la patience d’attendre. Heureusement que depuis Little miss Austen, je suis archi bilingue !

En bonus, la recette du fameux bitter hot chocolate au piment de la casa Marquez. Si, c’est très miam.

La mafia du chocolat, Gabrielle Zevin, Albin Michel – Wiz

À partir de 13 ans.

L’araignée de Susumu Shingu

18 mars 2014 § Poster un commentaire

spiderMon amie Valentine est une chic fille. Quand elle vivait au Japon, elle me rapportait des livres pour les enfants. Un jour elle m’a offert cette merveille : Spider, de Susumu Shingu. Oui, Spider car cet album japonais est en version bilingue, on peut donc suivre le texte en japonanglais. Veinards ! J’ai failli vous refaire le coup de Little miss Austen.

En fait, je vous taquine car le livre se lit sans texte. Une phrase indique le temps de l’action (une soirée d’été), après quoi l’araignée tisse sa toile – piège auquel va se prendre sa proie dans la nuit… Pourtant, tout est calme au fil des pages, dont certaines en papier calque, délicates, créent un fragile effet de coucher puis de lever du soleil. Au matin, l’araignée va se reposer.

l'araignée

A hot day begins. The spider takes a long long nap till the evening.

Susumu Shingu est un artiste. Pas parce que les auteurs jeunesse sont des artistes et blabla (même si pour certains, c’est vrai – mais bon pas tous). Lui c’est un véritable artiste, un sculpteur. Son travail explore la Nature avec poésie, et rappelle à ses contemporains combien leur Terre est précieuse. La nuit de son araignée est un conte tranquille et minimaliste, où le drame se joue en silence mais dénoue les peurs. Depuis que je l’ai lu, je me suis calmée avec les araignées. (En plus, il paraît qu’elles ne nous mordent pas, on a la peau trop épaisse, c’est mon beau-père qui me l’a dit. Spiderman est un gros mytho.)

En cherchant l’illustration de cet article, qu’ai-je découvert ? Que ce livre a été publié en français chez Gallimard il y a belle lurette. Si je l’avais su plus tôt, je ne me serais pas autant fatiguée à apprendre le japonanglais.

Une chaude journée commence. L’araignée s’assoupit pour une longue, longue sieste jusqu’au soir.

l'araignée susmu shingu

L’araignée, Susumu Shingu, Gallimard Jeunesse – Hors série Giboulée, 2006

À partir de 3 ans. (Plus petits ils vont déchirer les calques, les enfants sont tellement méchants.)

Little Miss Brontë : Jane Eyre

15 mars 2014 § Poster un commentaire

little bronte jane eyreAprès tout je ferai comme ça me chante. Si ça me prend de présenter un livre en anglais je ne vais pas me gêner sous prétexte qu’il n’a pas encore été traduit.

Plutôt que de ronchonner, vous devriez m’écouter car Jane Eyre Counting Primer possède au moins de 5 avantages majeurs. Jugez plutôt :

1) Votre enfant apprend à compter jusqu’à 10.

2) Votre enfant apprend à compter jusqu’à 10 en anglais.

3) Vous faites travailler votre mémoire parce qu’il faut tout de même s’attendre à quelques questions : Qui c’est Adèle ? Il est gentil Pilot ? Pourquoi faut pas laisser une bougie brûler à côté d’un lit à baldaquin ? Pourquoi elle a pas de bras la dame – en vrai elle en a, c’est Rochester qui perd une main à la fin, mais Alison Oliver nous fait un peu marcher.

Jane Eyre-1

Hou là là Jane, no bras, no chocolat !

4) La mémoire vous faisant défaut, à 5 ans votre enfant qui ne laisse jamais une question en suspens décide de lire Jane Eyre tout seul, en anglais dans le texte.

5) Et comme c’est un gros livre, ça vous fait des vacances. (Dans le Derbyshire, le bol !)

En plus les illustrations sont renversantes.

Jane Eyre 7

Little miss Brontë : Jane Eyre, Jennifer Adams (texte) et Alison Oliver (ill), Gibbs Smith – collection BabyLit, 2012

À partir de quel âge ? À partir de tout petit, enfin surtout si l’enfant est destiné à obtenir un prix Nobel.

Sophie et la princesse des loups

11 mars 2014 § Poster un commentaire

Sophie et la princesse des loups

La salle à manger blanche était vide. Les reliefs du repas interrompu du général étaient toujours sur la table, la chaise de Sophie toujours renversée. Mais où étaient passées Delphine et Marianne ?

En lisant cette phrase, j’ai sursauté : mille pompons, il y a de la comtesse de Ségur dans ce roman ! Ce général, pour commencer, et le prénom de l’héroïne… D’autant qu’elle était Russe, notre comtesse. Or c’est en Russie que se déroule l’aventure, après un départ londonien très Petite princesse avec pensionnat et pauvre orpheline… Pourtant la Sophie de Cathryn Constable est une fille d’aujourd’hui. Et si le destin lui réserve quelques malheurs, elle connaitra un grand bonheur : celui découvrir son identité. Ça valait le coup, mes chers hérissons, car ce n’est pas n’importe qui, Sophie… bien qu’elle soit un brin rouillée de la comprenette, si vous voulez mon avis (moi j’avais tout compris au chapitre 14).

Je sais, le titre, la couverture… (Hé Gallimard ? Allô la Lune, ici la Terre !) Mais dès qu’on tourne les pages, on est pris. Le style est simple, vif, lumineux. Elles nous embarquent, ces filles qui n’ont pas froid aux yeux. Enlevées à Saint-Pétersbourg en plein voyage scolaire, abandonnées au cœur de la forêt glacée (et sans réseau), réfugiées dans un mystérieux palais d’hiver, entre les griffes d’une aventurière… Miam ! J’aime les contes de fée. C’en est un, cruel, mystérieux, hanté de princesses fantasques, d’ancêtres assassinés, de diamants disparus, souvenirs tragiques, ogre tyrannique, loups sauvages, faux alliés, vrais amis. On y avance à pas feutrés, emmitouflé dans un gros manteau, un châle fleuri et des bottes de feutre. Sous nos pieds, craquent le parquet d’une salle de bal abandonnée et, au dehors, la neige dangereuse.

Encore un récit où tourbillonnent les flocons… Je crois que la neige m’a beaucoup manqué cette année !

– La toska ? Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle.

– Il n’y a pas de traduction satisfaisante pour ce mot dans votre langue, mais c’est une sorte de tristesse, de mélancolie qui affecte l’âme des Russes. Notre remède, c’est de boire du thé…

Bonne idée. Je vous laisse : le samovar fume et j’ai un blini au caviar sur le feu.

Le flipbook.

Sophie et la princesse des loups, Cathryn Constable, Gallimard jeunesse, 2013

Dès 9 ans.

Kiki et Rosalie

9 mars 2014 § Poster un commentaire

Kiki et Rosalie couvAprès la mort de son mari, Rosalie s’ennuie devant la télé. Alors son fils lui achète Kiki, un chiot rigolo. Entre ces deux-là, coup de foudre. Rien d’étonnant, car Kiki, il est super : il rigole. Et Rosalie rigole aussi. Sauf que Kiki grandit beaucoup, il devient maladroit. Ça n’est pas grave jusqu’au jour où, après une gaffe plus grosse que lui, pétition des voisins. Coup de tonnerre et avis de tempête : Kiki se retrouve à la fourrière. Les deux amis sont séparés.

Là, préparez vos mouchoirs parce que Rosalie déménage aussi : son fils la met dans une maison de retraite. Revoilà l’ennui et la télévision. Et ça dure…

Les jours et les années passent. Temps variable, soleil, averses et gelées matinales.

Des années ?! Non mais Ronan, au secours… Pourquoi tu nous racontes des choses aussi tristes ? Parce que la vie est triste parfois, mes petits caniches. Et dans ces moments-là, autant rester fidèle à ceux qu’on aime. Qui sait si le vent qui joue avec cette feuille ne l’emportera pas à l’autre bout de la ville, chatouiller la truffe d’un vieil ami ? Rassurez-vous, Ronan Badel n’abandonne pas Kiki et Rosalie. Après la solitude et le chagrin, la joie revient. Un malicieux rebondissement réunit ce couple improbable et fantaisiste. À la fin, promis juré, c’est grand soleil et bonheur garanti ! D’ailleurs, maintenant qu’ils ont emménagé parmi mes livres favoris, Kiki et Rosalie sont à l’abri pour la vie.

Kiki et Rosalie

Kiki et Rosalie, Ronan Badel, Sarbacane, 2013

À partir de 5 ans mais en fait c’est bien tout le temps.

Où suis-je ?

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