Une ou deux bêtises
1 juin 2014 § 2 Commentaires
Ha ha, j’ai bien ri hier soir en lisant cet album tout foufou d’Isabelle Gil, les cachous.
L’Auteur, toujours dans Proust, s’est vaguement courroucé d’une telle hilarité avant d’en découvrir la source. Ceci dit, un amateur de madeleine ne pouvait que craquer pour la chouquette chantilly.
Mémé organise une fête anniversaire déguisée pour son petit fils. Le héros du jour et ses invités ont tôt fait de mettre le souk. Et devinez quoi ? Le héros, ses invités et sa mémé sont des nounours à la guimauve ! Youpi.
Quand la fête se déglingue et vire au désastre, pâte à modeler, sardine au chocolat et coloriages se mettent en frais pour réparer tout ça.
C’est marrant, c’est chou, c’est irrésistible. Avec un côté jeu des 7 erreurs délirant.
Là où l’Auteur n’a pas suivi, c’est quand, prise d’une subite fringale, j’ai suggéré une équipée urgente en ville pour dégotter des oursons à la guimauve. Il paraît qu’en pleine nuit c’est trop compliqué. Mais que fait la police des bonbecs ?!
Feuilleter ici et découvrir d’autres albums dingo de l’auteur.
Une ou deux bêtises, Isabelle Gil, L’école des loisirs, 2011.
À partir de 2 ans et jusqu’au sevrage de nounours, autant dire jamais en ce qui me concerne.
Where have you gone, monsieur Pickwick ?
29 Mai 2014 § 1 commentaire
Des charlatans, des escrocs, des idiots, voici pour l’essentiel l’impitoyable casting réuni pour Les aventures de monsieur Pickwick. Il est si bon, lui, si naïf – ce qui n’exclut pas une dose d’extravagance. Hélas, chacune de ses initiatives tourne à la catastrophe.
Don Quichotte grassouillet, aussi maladroit que généreux, Pickwick croise fort heureusement la route de son Sancho Pança, le gouailleur Sam Weller. Sans lui, Pickwick n’aurait pas connu ce succès. Et jusqu’à l’apparition du valet, dans la cour d’auberge où il cire les chaussures en commentant la vie avec philosophie, Dickens ne semble pas bien savoir où il mène son héros, entre épisodes comiques et contes cauchemardesques.
L’arrivée de Sam est une évidence. Dès son entrée en scène, on est pris. Avalanche de personnages, rebondissements innombrables, intrigues secondaires multiples, le récit s’ébouriffe à la rocambolesque.
Les papiers posthumes du Pickwick club parait en vingt épisodes entre 1836 et 1837. Charles Dickens entre en littérature, il a 24 ans. À cette époque, l’enthousiasme tient du phénomène. On se cotise pour acheter le journal, on le lit, le relit, on se récite par cœur les mots de Sam Weller.
Là, maintenant nous avons l’air d’être condensé et confortable, comme disait le père qui avait coupé la tête de son petit garçon pour l’empêcher de loucher.
Sans Sam et Pickwick, je me serais beaucoup ennuyée à dix ans. Ce couple loufoque m’a sauvée des journées pluvieuses, des couvre-feux précoces et autres désagréments de la jeunesse. Pourtant en le relisant aujourd’hui, j’ai compris qu’il avait fait bien plus…
Comme les enfants, Pickwick a une vision du monde fort claire (ce qui est injuste n’est pas juste) et ses ambitions dépassent ses capacités (il veut mais ne peut pas, en dépit d’efforts démesurés). Et dans son impuissance, il oppose aux persécutions une touchante dignité. Plus il est malmené, plus il est admirable… Ce gentleman m’a consolée de bien des injustices. J’ai soigné avec lui de cuisantes blessures d’amour propre, compris la grandeur dans le ridicule, accepté les dangers de l’optimisme. J’estime que tous les enfants devraient pouvoir en faire autant.
M’expliquera-t-on alors pourquoi on ne peut dénicher aujourd’hui une édition décente de ses aventures qui leur soit destinée ?
Je ferai mieux la prochaine fois, comme disait la petite fille qui avait noyé son frère et égorgé son grand-père.
Les aventures de monsieur Pickwick, Charles Dickens, d’occasion chez Omnibus, ou dans La Pléiade.
À lire absolument, la série des Malo de Lange, où l’auteur qui a sans doute beaucoup fréquenté Pickwick, offre à son héros de délicieux aphorismes qu’on croirait tout droit sortis de la bouche de master Weller :
Dans la vie, il y a des hauts et des bas, dit celui qui montait les escaliers pour se jeter du cinquième étage.
Malo de Lange fils de voleur, Malo de Lange fils de personne, Malo de Lange et le fils du roi, Marie Aude Murail, L’école des Loisirs – à partir de 9 ans.
La balade de Petite Poule
26 Mai 2014 § Poster un commentaire
Elle était bien tranquille, la poule d’Anna Walker, à jouer tranquillou sur son trampoline dans sa cambrousse… Jusqu’au jour où, vlam, un grand coup de vent l’emporte jusqu’à la ville. Quelle histoire, mes cocos !
Dame Poule ne se démonte pas. Elle part en balade. Et elle profite de cette expédition citadine jusqu’au moment où son jardin lui manque. Zou cocotte, il est temps de rentrer à la maison. Au fait c’est par où ?
Poulette est débrouillarde : de tournesols en pigeons, elle retrouvera le chemin du poulailler.
Quand la mirifique Anna Walkers a une idée, elle ne se contente pas d’écrire son histoire, puis de la dessiner – ce qui serait déjà pas mal. Elle travaille l’inspiration de mille façons, interroge le vent, ses enfants, sculpte, coud, tricote… Elle se promène en ville, prend des photos, découpe, morcèle, recompose.
De ce travail en patchwork délicat est née l’aventure de sa poule, Peggy dans la version originale. Un album comme je les aime, texte économe, peintures fourmillant de détails… Autrement dit : multiples lectures et relectures en vue.
La balade de Petite Poule, Anna Walker, Circonflexe, 2014
À partir de 3 ans.
Les lions ne mangent pas de croquettes
20 Mai 2014 § Poster un commentaire
André Bouchard nous livre une info de première main, les toutous : contrairement à ce qu’on pourrait croire, les lions ne mangent pas la même chose que les chats (ou les chiens si vous allez par là).
Ceci dit, mister Bouchard n’est pas super clair sur ce qu’ils avalent à la place.
Ce n’est pas bien grave, je vous l’accorde, puisque ces grosses bébêtes se nourrissent toutes seules. De quoi décider les parents qui hésitent encore devant l’adoption d’un animal de compagnie… Si un chat ou un chien représente beaucoup de contraintes, le lion selon André, c’est zéro problème.
Sans doute est-ce ce qui a guidé Clémence dans son choix, après que ses parents ont posé l’interdiction d’usage :
« Pas de chien, ni de chat ! » ont déclaré papa et maman.
Comme Clémence est une petite fille obéissante, elle a donc amené un lion à la maison.
On découvre à cette occasion que le lion est un être fort sociable.
Le lion est très joueur. Et comme André Bouchard possède un humour féroce, on s’amuse autant que Clémence avec son délicieux félin.
Malgré tout, mon ébouriffante honnêteté m’oblige à conseiller aux parents (et aux enfants) sur le point de se laisser séduire par ce sémillant compagnon la lecture intégrale de cet album. La chute désopilante ne laissera personne sur sa faim. Quoique…
Les lions ne mangent pas de croquettes, André Bouchard, Seuil Jeunesse, 2012.
Dès qu’ils songent à adopter un lion – et sinon à partir de 5 ans.
(Attention spoiler : entre cet album et son dernier livre – L’abominable sac à main, chez le même éditeur – tout porte à croire qu’André Bouchard est porté sur les histoires d’ogres. J’adore !)
Apolline chérie !
19 Mai 2014 § Poster un commentaire
Apolline vit avec son meilleur ami, le chevelu monsieur Munroe, au 243 de la tour P.W. Huffledinck surnommée le Poivrier. Son grand appartement abrite sa collection de chaussures et zéro adultes : les parents de la fillette, d’excentriques explorateurs, parcourent le monde à la recherche d’objets rares. Leur présence se résume aux cartes postales que monsieur Munroe ramasse sur le paillasson le matin.
Apolline adore résoudre des énigmes. Ça tombe bien, car le mystère nait sous ses pas, comme les fleurs sous ceux d’Aphrodite. Ce qui nous vaut ces trois bijoux, trois romans junior ébouriffants :
Dans Apolline et le chat masqué, l’enquête porte sur l’étrange disparition de chiens de race. Ont-ils fugué ? Ou pire, été enlevés ? Secondée par monsieur Munroe, l’apprentie détective se lance sur la piste du Chat Masqué, un redoutable cambrioleur qui pourrait bien être impliqué dans cette sombre affaire…
Rien n’effraie Apolline, pas même l’idée que sa nouvelle école soit hantée. Sa capricieuse amie Cécilie peut compter sur elle ! Elle va démasquer Le Fantôme de l’école qui terrorise les élèves à la tombée de la nuit.
Où Apolline a-t-elle la tête ? Elle n’écoute jamais monsieur Munroe. Il a pourtant quelque chose à lui révéler. Heureusement, quand il fugue en Norvège à la recherche du Très Grand Troll, elle part sur ses traces avec l’ours du sous-sol. Voici Apolline en mer…
Chaque livre de Chris Riddell est un trésor et cette série ne fait pas exception à la règle, avec son héroïne solitaire et émouvante, et son ami enfantin, la créature des marais norvégiens. Chaque image foisonne de détails à l’humour fantasque, l’illustration complétant ou infirmant la narration.
Le bizarre s’épaissit, les indices se multiplient, cocasses, discrets, malicieux… Au lecteur de les décrypter, pour accompagner Apolline et son super copain dans leurs aventures délirantes.
Alice B. Dupont présenta tout le monde à Apolline. Il y avait Brian, le fils de l’homme invisible, et son chien Rafistole. Puis les sœurs Watt, Orvilise et Wilberta, accompagnées de leur toucan, Richard. Derrière elles, étaient assis la sultane de Pahang et Coucou, son éléphant à poils longs.
Dans la version anglaise, Apolline se prénomme Ottoline et de délicieux bonus accompagnent les livres, cartes postales timbrées (ha ha) ou lunettes permettant de suivre les empreintes du Très Grand Troll au fil des pages… Tant mieux pour eux !
Apolline et le chat masqué, Apolline et le fantôme de l’école, Apolline en mer, Chris Riddell, Milan Jeunesse.
À partir de 7 ans.
Chouette, Macbeth
16 Mai 2014 § Poster un commentaire
Le théâtre du Soleil est né il y a 50 ans, Shakespeare 400 ans plus tôt, je vous laisse calculer. Ça fait deux beaux anniversaires qu’Ariane Mnouchkine célèbre avec sa version de Macbeth aka « la pièce écossaise. »
Mon ado number 2 dont la culture est tout à fait hirsute m’a expliqué que les comédiens ne prononcent jamais le titre de cette pièce, ça porte malheur. Ils ne disent pas : « Je joue dans Macbeth », mais « Je joue la pièce écossaise. » Heureusement ça ne vaut pas quand ils sont sur scène parce que ça ferait bizarre si, dans les dialogues, ils remplaçaient « Macbeth » qui est le nom du héros par « la pièce écossaise. » Déjà ça ne voudrait plus rien dire (« Digne pièce écossaise, nous attendons votre bon plaisir ! ») et le spectacle durerait une demi heure de plus, or il est déjà long.
Je ne me plains pas, c’est un enchantement. Mais aux dires de l’Auteur, quand on mesure 1m90, le temps passe plus lentement dès qu’on s’assoit sur les bancs de la Cartoucherie, un peu comme pour les chiens, il faut multiplier par 7.
On ne va pas contrarier l’Auteur, mais cette théorie est déjà très bizarre pour les chiens. Ceci étant, on n’est pas trop trop bien installé à La Cartoucherie. Il parait que c’est fait exprès. Comme à l’église. Risque d’assoupissement, néant.
Que dire de cette ébouriffante mise en scène sinon : emmenez vos ados ?! C’est the pièce pour eux. Jugez plutôt :
Primo ils ne mesurent pas encore 1m90.
Deuxio ils suivront facilement vu qu’ils connaissent l’histoire (cf Simpson, saison 20 épisode 20).
Troisiémo à l’entracte on mange super bien.
Je gage que ces arguments suffiront à convaincre les adolescents les plus molassons. Inutile d’évoquer la mise en scène héroïque et généreuse d’Ariane Mnouchkine, la musique qui anime ce monde poétique – lande tourmentée, château envoûté, forêt en marche –, le souffle de cette tragédie noire et lumineuse, la farouche énergie du chaos qui s’empare du plateau…
La sauvagerie de ce destin ensorcelé rétame Game Of Thrones, et dans les grandes largeurs.
La seule chose qui me chiffonne dans cette mise en scène, c’est que Lady Macbeth est nulle en chouette. Quand elle en entend une, elle croit que c’est un hibou. Non mais hou !
Macbeth, de William Shakespeare (nouvelle traduction d’Ariane Mnouchkine), au théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes – Paris 12e.
À partir de quand ils regardent Game of Thrones.
Combien de temps ?
12 Mai 2014 § Poster un commentaire
Combien de temps a-t-il fallu à Chloé Perarnau ? Une seconde pour sortir ses crayons de couleur, une minute pour les tailler, une demi-heure pour les ranger par dégradés, une journée pour se lancer, une semaine pour savoir que l’idée était belle, un été pour tout dessiner… Et toute une vie, je l’espère, pour imaginer d’autres albums aussi poétiques que celui-ci, premier essai parfait et délicat.
C’est quoi le temps qui passe ? Combien de temps ça prend de grandir ?
Un frère et sa petite sœur esquissent les questions auxquelles l’artiste répond en égrenant le temps, de la seconde à l’année, de la décennie à toute la vie. Instantanés, moments volés, moments heureux. Coucou frérot, remember…
Combien de temps pour être heureux ?
Combien de temps, Chloe Perarnau, Actes sud junior, 2013
Dès 3 ans. Et jusqu’à beaucoup plus, avec un brin de nostalgie.
Mousquetaires !
9 Mai 2014 § Poster un commentaire
Mordiou ! Le musée de l’Armée a présente une expo consacrée aux Mousquetaires, les plumeaux.
On y trouve des mousquets, des épées, des masques de fer, de vieilles pipes, des jeux de dé, l’armure de Louis XIII, celle de Richelieu, la panoplie de Gene Kelly en d’Artagnan… Et d’autres témoignages tout à fait ébouriffants sur ces gardes du roi, leur vraie vie et celle que leur inventa leur romanesque historiographe, Dumas père.
Il se trouve que je connais fort bien le sujet, ayant moi-même été mousquetaire.
Pas dans une vie antérieure, non, dans celle-ci.
J’ai embrassé cette carrière avec ferveur à l’âge de 4 ans – je m’en souviens comme si c’était hier – le jour où, profitant d’une absence de mon frère, je pus fouiner dans son coffre à jouets et faire main basse sur la rutilante panoplie de mousquetaire qu’il avait reçue à Noël. L’uniforme exerçait sur moi une méga fascination… Bien plus que le costume de princesse qu’on m’avait refilé et dont le diadème n’avait pas résisté à l’examen approfondi qu’un mien cousin lui avait fait subir, afin de déterminer par le feu si ses diamants étaient authentiques.
Quoique dépourvu de (faux) diamants, le costume de mousquetaire était wahou en diable.
Jugez plutôt : une large casaque bleue à manches ouvertes, marquée d’une croix blanche fleurdelysée, un gros baudrier en plastique avec une boucle dorée où accrocher l’épée (hélas, le mousquet n’était pas fourni, mais je n’étais pas assez versée dans la science étymologique pour m’en apercevoir)…
Et surtout, surtout, un grand feutre brun orné de la plus belle, la plus blanche et la plus ébouriffée des plumes. Au moindre souffle d’air, elle prenait vie.
J’aurais passé des heures à m’admirer en train de l’agiter tandis que je saluais mon reflet dans un miroir. Cette plume valait à elle seule qu’on périsse écrabousillé à Belle-Ile, dans l’éboulement tragique de la grotte de Locmaria.
Toutefois, j’avais autre chose à faire que des moulinets devant mon reflet, d’autant que le miroir en pied se trouvait dans la salle de bain de la Police des Princesses, laquelle n’était guère tolérante concernant mes emprunts à la garde robe de mon frère (son fils, pour ceux qui ne connaissent pas le contexte).
Je filai donc dans le jardin où, toute la journée, je m’exerçai à mon nouvel état. Je ferraillai hardiment contre la vigne vierge, poursuivis avec ardeur un corbeau, une armée de moineaux, et m’écorchai largement les genoux à cause de cette épée qui m’arrivait sous l’aisselle et dans laquelle je me prenais les pieds.
Ce fut si exaltant que même les (sévères) représailles de la Police des Princesse et la confiscation de mon équipement, plume comprise, pour restitution à son légitime propriétaire n’y firent rien.
Ayant goûté l’odeur de la poudre et l’ivresse de l’aventure, j’étais perdue à la cause des diadèmes. Comme l’a si bien dit Dumas père : mousquetaire un jour, mousquetaire toujours !
Ce fut le début d’une grande aventure qui, parfois, dure encore. Bientôt je sus lire, je découvris les tribulations de mes frères d’armes. Par chance, je m’aperçus à cette occasion que la littérature offre des costumes plus éclatants – quoique plus discrets – que le coffre à jouets de mon frère. Et inusables, ceux-là.
Mousquetaires ! au Musée de l’Armée à Paris, jusqu’au 14 juillet. Une exposition recommandée dès l’enrôlement, soit à partir de 4 ans. Pour préparer la visite, par ici le site.
À lire dès 8 ans : Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas (texte) et Christel Espié (ill), Sarbacane, 2013 – un livre aux illustrations pleines de panache… mais hélas une version abrégée du texte.
Les ébouriffantes photos souvenirs de ma carrières sont extraites du film de George Sydney, Les trois mousquetaires, 1948.
Le roi des oiseaux
6 Mai 2014 § Poster un commentaire
Connaissez vous le conte du roitelet, les boutons d’or ? Comme tant d’autres, il nous est parvenu par l’entremise des frères Grimm.
Avec Le roi des oiseaux, Gwendal Le Bec en donne une version toute personnelle qui ne s’intéresse qu’à la première partie du conte. Alors, c’est quoi le message ? Pas que le mérite est récompensé en tous cas, ni les gros becs. Plutôt la chance ou le culot. L’on en déduira que cet album parle au jeune lecteur, sans faux semblants, de la vraie vie.
L’histoire, grosso modo, c’est les oiseaux qui décident de se choisir un roi. Là je vous le donne en mille, ils ont une méthode infaillible : « Hé les cui-cui, on n’a qu’à prendre celui qui vole le plus près du soleil et puis c’est marre. » Déjà, pas de bol pour ceux qui ont zéro chance de décoller. Les dindons peuvent aller se remplumer.
En même temps on ne va pas demander aux canaris de nous donner des leçons de démocratie. Ceux qui avaient planifié un café philopolitique à l’issue de la lecture opteront avec profit pour La république de Platon. Mais après ils ne viendront pas se plaindre qu’on leur a carotté la double page d’imitations.
À ce propos, les parents sensibles de la feuille garderont des bouchons d’oreilles à portée de tympan. Parce que là, ça peut vite déraper et virer au dawa :
Gwendal Le Bec s’est bien éclaté à dessiner ses piaferies.
La mêlée emplumée ébouriffe soudain sa sobre bichromie. Youpi ! (Non mais qu’écris-je ?)
L’aventure n’oubliant ni la chouette, ni le hibou, ni la pie, ni personne, on suit avec enthousiasme son élan débordant, pour filer jusqu’au soleil dans le sillage de l’aigle. Gros suspens… À la fin, on découvre qui a gagné. Ce qui est d’un intérêt capital.
Si.
Ce matin tandis que je promenais le chien, un gros corbeau perché sur une poubelle m’a carrément insultée. L’autre ! Je suis direct allée le crouaker au roi des oiseaux. J’en connais un qui va se faire relifter les plumettes.
Le roi des oiseaux, Gwendal Le Bec, Albin Michel Jeunesse, 2011
Ma fuite à moi des Plombs (de Venise)
2 Mai 2014 § Poster un commentaire
Hier soir je regardais La nuit de Varennes, les écureuils. Enfin en partie seulement, parce qu’arrivé à la moitié l’Auteur a décidé qu’il était en train de s’endormir et on a tout éteint.
Il faut dire qu’avec la panne du lecteur dvd, on a largement perdu une heure sur notre timing avant que les ados passent par là et nous suggèrent d’éteindre et de rallumer l’engin, ce qui l’a tout à fait réparé.
Comme quoi, au lieu de prix Nobel, ils pourront toujours faire réparateurs.
Mais qu’est-ce que je disais ? Ah oui, Casanova…
Dans ce film, contrevenant à toute vérité historique, Ettore Scola introduit Casanova. Tu parles qu’en 1791, il avait autre chose à faire que cavaler sur les routes de France au trousses de Louis XVI, en séduisant Hanna Schygulla. En vrai, il était en Bohème à se les cailler au château de Dux où il rédigeait ses Mémoires.
En même temps, on est bien content, parce que c’est Mastroianni qui joue le rôle. Et Mastroianni on ne le revoit jamais assez.
Tout ça m’a rappelé que Treize Étrange republie le Casanova sous les plombs de Venise de Patrick Mallet, qui raconte avec brio l’emprisonnement de l’aventurier et sa célèbre évasion des geôles de Venise (surnommées les Plombs à cause de leur fichue toiture en plomb qui rendait tout glagla en hiver et caliente en été).
J’ai découvert cette BD après mon trente-douzième séjour dans la cité des doges, au cours duquel je me suis enfin décidée à visiter le Palais Ducal.
Là, j’ai fait la totale avec une conférencière complètement fofolle qui nous a mimé l’intégrale de l’évasion.
Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une histoire à base de messages secrets, de tige de fer, de bible et de macaronis au beurre, qui a failli tourner au zbeul dans l’impro la plus totale, mais s’est bien terminée grâce au sang froid de l’évadé.
Quand la conférencière, après nous avoir fait ramper dans la cellule fatale, a indiqué la sortie, j’étais tellement à fond sur cette histoire d’évasion que j’ai dit à l’Auteur : « Chiche que je me fais enfermer et que je m’évade cette nuit en secret moi aussi, passe moi l’Opinel. » L’Auteur m’a répondu : « T’es sûre ? Parce que tu risques de louper le dîner et j’ai réservé une table à l’Antiche Carampane. »
« OK, ai-je admis en lui rendant l’Opinel. Autant m’évader tout de suite. » Et je suis sortie avec les autres, ni vue ni connue.
Voilà comment je me suis, moi aussi, enfuie des Plombs de Venise.
J’ai bien fait parce que ce soir là, à l’Antiche Carampane, il y avait des crabes mous de la lagune en beignet et c’est pas tous les jours qu’on en mange.
Forte de mon expérience, dès mon retour à Paris j’ai décidé d’écrire une BD racontant l’évasion de Casanova. Mais crotte, Patrick Mallet l’avait déjà fait. Super bien en plus.
À la place j’ai cuisiné des macaronis et tout le monde était très content.
Casanova sous les plombs de Venise, Patrick Mallet, Treize Étrange, 2014 – feuilleter ici.
Histoire de ma Fuite des prisons de la République de Venise, Giacomo Casanova, Éditions Allia, 2014
La nuit de Varennes, Ettore Scola, 1982. Houlà ça nous rajeunit pas, déjà qu’on n’arrive plus le regarder en entier sans roupiller.
Aux amateurs de crabes mous de la lagune, je recommande l’Antiche Carampane – San Polo 1911, Venezia – dont le nom signifie à peu près « La vieille pute », ce qui est fort engageant.















































