Ma vie heureuse

4 novembre 2014 § 2 Commentaires

ma vie heureuseVoici un délicieux roman – et qui tient les promesses de son titre appétissant !

Encore un livre suédois entre parenthèses. La littérature du pays de Fifi n’en finira donc jamais de m’émerveiller.

Je vous présente Dunne, naturellement douée pour le bonheur.

Il est tard, pourtant Dunne n’arrive pas à dormir. Certains comptent les moutons, mais pas elle. Dunne compte toutes les fois où elle a été heureuse.

Dunne n’arrive pas à dormir parce que demain c’est la rentrée…

Soudain elle a un peu peur.

Et si elle ne se faisait pas d’amis ?

Eva Eriksson 1

Rassurez vous, Dunne trouve Ella Frida. Leur amitié double la mise question bonheur.

Eva Eriksson 6

Rose Lagercrantz raconte à hauteur d’enfant cette belle rencontre…

Eva Eriksson 8

Et les jours qui passent, remplis de jeux, de secrets, de fou-rires, de bagarres, d’animaux, de surprises.

Eva Eriksson 7

Puis la séparation pour cause de déménagement – et l’inévitable chagrin.

Eva Eriksson 2

Où est passé le bonheur ? Peut-être que Dunne va devoir le chercher un peu… Heureusement, elle est fortiche. Et trouve avec Ella Frida le moyen de poursuivre cette jolie amitié…

Les dessins d’Eva Eriksson accompagnent Dunne avec humour et tendresse.

Eva Eriksson 4

Et quand on referme le roman, presque une année s’est écoulée. Dunne a grandi, elle a souffert. Mais reste toujours aussi douée pour le bonheur. Quel délice !

Ma vie heureuse, Rose Lagercrantz (texte) & Eva Eriksson (illus), Mouche de l’école des loisirs, 2013. À partir de 6 ans.

mon cœur raviLa suite de l’aventure, c’est Mon cœur ravi, paru cette année.

Rock anglais vs littérature française

10 octobre 2014 § 2 Commentaires

Hier soir, l’Auteur m’a dit : « Chaque jour je réévalue l’œuvre des Kinks. »

Super.

Bah moi pendant ce temps-là je relis les aventures du Petit Lion.

Le petit lion chaulet ce matin là

Titus était quoi ? Indice : comme l’ado n°2. (En plus ébouriffé du tif à présent, ha ha !)

Omnia aliena sunt, tempus tantum nostrum est, comme disait Sénèque à son cher Lustucru.

Ou Jean-Paul Sartre aux deux Magots.

Ou bien Titus au Grand Yaka.

le-petit-lion-premier-ministreLe petit lion premier ministre, Georges Chaulet, Bibliothèque rose 1968 à chiner chez les grands-parents évidemment.

Emile et les détectives

23 août 2014 § 2 Commentaires

Couverture-Emile-et-les-détectivesL’aventure commence dans un train, un train à l’ancienne, avec des compartiments.

Et dedans des gens qui font bouger leurs orteils, ronchonnent, tricotent, mangent des sandwiches à la saucisse, racontent des bêtises puis se disputent.

Et ce petit garçon. Émile, qui prend le train tout seul.

Ce train va à Berlin. Il va sûrement s’y passer des choses étranges dès les premiers chapitres. Il faut dire que ce genre d’endroit est déjà en soi une bizarrerie.

Emile 1931_4

Comme souvent dans les trains, congrès de chapeaux, de monocles et de paniers pique-nique !

Erich Kästner parle du train, évidemment, pas de Berlin. Mais le Berlin qui attend Émile est un peu fou (comme tous les endroits bourrés de grandes personnes). Et c’est le personnage central de l’histoire.

Émile est censé y retrouver sa grand-mère et sa délicieuse cousine Pony-Bibi. Hélas, victime d’un vol inique dans son wagon (un type en chapeau melon profite de sa sieste pour lui piquer son pognon), il prend en chasse son bandit.

Tiens, mon roudoudou, planque bien l'oseille et surtout le perd pas.

Tiens, mon roudoudou, planque bien l’oseille et surtout le perd pas.

Vl’a qu’il descend du train plus tôt que prévu.

Emile 1931_7

Alors attention les enfants, quand un type sourit comme ça, c’est pas bon signe…

Il se retrouve seul sans un pfennig dans cette ville qu’il ne connait pas. Impossible de faire appel à la police… La semaine précédente, il s’est illustré dans son bled en barbouillant de rouge le nez de la statue du Grand-Duc Charles – depuis cet exploit, il évite les forces de l’ordre de peur d’être jeté en prison.

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Ha ha, tu rigoleras moins quand tu auras vu la statue du Grand-Duc, gros.

(Ça me rappelle le jour où le futur ado n°1 a fait sonner l’alarme du cheval empaillé de Napoléon. Il s’est enfui au triple galop et caché derrière une cheminée. Il a fallu déployer un bataillon de chasseurs alpins pour le retrouver.)

Ouf, Émile est un enfant déterminé, énergique, débrouillard qui croise la route de gamins déterminés, énergiques et débrouillards.

Émile 1931 Gerghard Lamprecht

Dis donc, mon gars, on ne montre pas du doigt !

Toute la bande entame avec lui une course poursuite à travers Berlin pour l’aider à confondre l’odieux escroc au chapeau melon.

Emile 1931_6

Vendredi assure le standard et ça le gonfle un peu !

Évidemment Pony-Bibi se joint aux garçons, avec sa gouaille et sa bicyclette chromé. Ce suspens est également une comédie irrésistible…

Emile 1931_5

À la fin, Vendredi est quand même récompensé !

Erich Kästner a écrit ce livre en 1928. Je ne sais pas sûre que le Berlin d’aujourd’hui ressemble encore à celui des années 20. Quoi qu’il en soit j’y vais de ce pas et tout ce que j’emporte, c’est l’aventure d’Émile. Et ma détermination à y déguster son plat favori : macaronis au jambon avec du parmesan râpé.

Youpi ! lança Pony, partie en direction de sa chambre toujours à cheval sur sa chaise.

Émile et les détectives, Erich Kästner, livre de poche jeunesse, 2007

À partir de 8 ans.

NB : les photos sont extraites du film Emil und die Detektive de Gerghard Lamprecht (1931).

Where have you gone, monsieur Pickwick ?

29 mai 2014 § 1 commentaire

Pickwick-Papers-serial-coverDes charlatans, des escrocs, des idiots, voici pour l’essentiel l’impitoyable casting réuni pour Les aventures de monsieur Pickwick. Il est si bon, lui, si naïf – ce qui n’exclut pas une dose d’extravagance. Hélas, chacune de ses initiatives tourne à la catastrophe.

Don Quichotte grassouillet, aussi maladroit que généreux, Pickwick croise fort heureusement la route de son Sancho Pança, le gouailleur Sam Weller. Sans lui, Pickwick n’aurait pas connu ce succès. Et jusqu’à l’apparition du valet, dans la cour d’auberge où il cire les chaussures en commentant la vie avec philosophie, Dickens ne semble pas bien savoir où il mène son héros, entre épisodes comiques et contes cauchemardesques.

Pickwick et Sam

Monsieur Pickwick rencontre Sam, l’ébouriffé du galurin.

L’arrivée de Sam est une évidence. Dès son entrée en scène, on est pris. Avalanche de personnages, rebondissements innombrables, intrigues secondaires multiples, le récit s’ébouriffe à la rocambolesque.

Pickwick et arabella

Pickwick, roi de l’escalade !

Les papiers posthumes du Pickwick club parait en vingt épisodes entre 1836 et 1837. Charles Dickens entre en littérature, il a 24 ans. À cette époque, l’enthousiasme tient du phénomène. On se cotise pour acheter le journal, on le lit, le relit, on se récite par cœur les mots de Sam Weller.

Là, maintenant nous avons l’air d’être condensé et confortable, comme disait le père qui avait coupé la tête de son petit garçon pour l’empêcher de loucher.

Sans Sam et Pickwick, je me serais beaucoup ennuyée à dix ans. Ce couple loufoque m’a sauvée des journées pluvieuses, des couvre-feux précoces et autres désagréments de la jeunesse. Pourtant en le relisant aujourd’hui, j’ai compris qu’il avait fait bien plus…

procès Pickwick

L’inique procès de monsieur Pickwick !

Comme les enfants, Pickwick a une vision du monde fort claire (ce qui est injuste n’est pas juste) et ses ambitions dépassent ses capacités (il veut mais ne peut pas, en dépit d’efforts démesurés). Et dans son impuissance, il oppose aux persécutions une touchante dignité. Plus il est malmené, plus il est admirable… Ce gentleman m’a consolée de bien des injustices. J’ai soigné avec lui de cuisantes blessures d’amour propre, compris la grandeur dans le ridicule, accepté les dangers de l’optimisme. J’estime que tous les enfants devraient pouvoir en faire autant.

M’expliquera-t-on alors pourquoi on ne peut dénicher aujourd’hui une édition décente de ses aventures qui leur soit destinée ?

Je ferai mieux la prochaine fois, comme disait la petite fille qui avait noyé son frère et égorgé son grand-père.

Les aventures de monsieur Pickwick, Charles Dickens, d’occasion chez Omnibus, ou dans La Pléiade.

malo-de-langeÀ lire absolument, la série des Malo de Lange, où l’auteur qui a sans doute beaucoup fréquenté Pickwick, offre à son héros de délicieux aphorismes qu’on croirait tout droit sortis de la bouche de master Weller :

Dans la vie, il y a des hauts et des bas, dit celui qui montait les escaliers pour se jeter du cinquième étage.

Malo de Lange fils de voleur, Malo de Lange fils de personne, Malo de Lange et le fils du roi, Marie Aude Murail, L’école des Loisirs – à partir de 9 ans.

Apolline chérie !

19 mai 2014 § Poster un commentaire

ottolineApolline vit avec son meilleur ami, le chevelu monsieur Munroe, au 243 de la tour P.W. Huffledinck surnommée le Poivrier. Son grand appartement abrite sa collection de chaussures et zéro adultes : les parents de la fillette, d’excentriques explorateurs, parcourent le monde à la recherche d’objets rares. Leur présence se résume aux cartes postales que monsieur Munroe ramasse sur le paillasson le matin.

Apolline adore résoudre des énigmes. Ça tombe bien, car le mystère nait sous ses pas, comme les fleurs sous ceux d’Aphrodite. Ce qui nous vaut ces trois bijoux, trois romans junior ébouriffants :

Dans Apolline et le chat masqué, l’enquête porte sur l’étrange disparition de chiens de race. Ont-ils fugué ? Ou pire, été enlevés ? Secondée par monsieur Munroe, l’apprentie détective se lance sur la piste du Chat Masqué, un redoutable cambrioleur qui pourrait bien être impliqué dans cette sombre affaire…

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Apolline adore désébouriffer monsieur Munroe.

Rien n’effraie Apolline, pas même l’idée que sa nouvelle école soit hantée. Sa capricieuse amie Cécilie peut compter sur elle ! Elle va démasquer Le Fantôme de l’école qui terrorise les élèves à la tombée de la nuit.

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Apolline tente d’attirer l’Ébouriffée sous sa brosse en l’appâtant avec du thé.

Où Apolline a-t-elle la tête ? Elle n’écoute jamais monsieur Munroe. Il a pourtant quelque chose à lui révéler. Heureusement, quand il fugue en Norvège à la recherche du Très Grand Troll, elle part sur ses traces avec l’ours du sous-sol. Voici Apolline en mer

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En l’absence de monsieur Munroe, Apolline désébouriffe l’ours du sous-sol.

Chaque livre de Chris Riddell est un trésor et cette série ne fait pas exception à la règle, avec son héroïne solitaire et émouvante, et son ami enfantin, la créature des marais norvégiens. Chaque image foisonne de détails à l’humour fantasque, l’illustration complétant ou infirmant la narration.

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Le bizarre s’épaissit, les indices se multiplient, cocasses, discrets, malicieux… Au lecteur de les décrypter, pour accompagner Apolline et son super copain dans leurs aventures délirantes.

Alice B. Dupont présenta tout le monde à Apolline. Il y avait Brian, le fils de l’homme invisible, et son chien Rafistole. Puis les sœurs Watt, Orvilise et Wilberta, accompagnées de leur toucan, Richard. Derrière elles, étaient assis la sultane de Pahang et Coucou, son éléphant à poils longs.

Dans la version anglaise, Apolline se prénomme Ottoline et de délicieux bonus accompagnent les livres, cartes postales timbrées (ha ha) ou lunettes permettant de suivre les empreintes du Très Grand Troll au fil des pages… Tant mieux pour eux !

Apolline et le chat masqué, Apolline et le fantôme de l’école, Apolline en mer, Chris Riddell, Milan Jeunesse.

À partir de 7 ans.

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Le rapetissement de Treehorn

28 avril 2014 § Poster un commentaire

le rapetissement de Treehorn

Treehorn rétrécit, les mistons.

Et pas qu’un peu. Ses vêtements sont trop grands, il doit s’asseoir sur des coussins pour manger à table, il ne peut plus atteindre la boite aux lettres… C’est tout de même inquiétant. Quand on est un enfant, on est censé grandir.

Ses efforts pour alerter ses proches sur cet ennui de taille (ha ha) se heurtent à une incompréhension totale. Ses parents lui interdisent de rapetisser à table, le chauffeur de bus refuse de le reconnaître, la maîtresse le prie d’arrêter de se faire remarquer. Chaque adulte y va de ses recommandations aussi absurdes qu’inutiles, avant de se désintéresser du problème.

Bon, ça ira pour aujourd'hui, dit sa maîtresse. Mais arrange ça avant demain.

Bon, ça ira pour aujourd’hui, dit sa maîtresse. Mais arrange ça avant demain.

Quant à son copain Moshie, il trouve ça débile.

Il faut vraiment être débile pour en arriver là, dit Moshie. Tu fais toujours des trucs débiles, mais là c’est le truc le plus débile que j’ai jamais entendu.

Aucun doute, si Treehorn ne veut pas disparaître, il lui faut se débrouiller tout seul pour inverser le mouvement. Et ressortir son Grand Jeu Qui Fait Grandir Les Enfants (gagné grâce aux boîtes de céréales) pour finir la partie entamée quelques jours plus tôt.

Sous le lit traînait un jeu qu'il avait glissé là puis oublié.

Sous le lit traînait un jeu qu’il avait glissé là puis oublié.

Sa guérison aura des effets secondaires, mais Treehorn a acquis de l’expérience… Même si celle-ci semble un peu désabusée, elle est d’une infinie sagesse. Les grands sensibles comprendront.

treehorn 3

C’est une très bonne taille, et si j’étais toi, je ne me remettrais pas à rapetisser.

Dans cette première aventure, Treehorn convoque le souvenir d’une certaine Alice au pays des Merveilles. Son pays à lui cultive plutôt le conformisme, toutefois les règles absurdes qui le régissent provoquent les mêmes effets d’humour. Digne et désespéré, le héros se heurte à l’indifférence générale et cette totale absence de communication qui sont, en somme, les grandes expériences de l’enfance.

Florence Parry Heide, l’auteur de ce livre extraordinaire paru pour la première fois en 1971, a vu le jour en Pennsylvanie, dans la ville de Punxsutawney, célèbre pour sa marmotte. On imagine fort bien Treehorn rapetisser dans un bled où Bill Murray manqua rester prisonnier d’Un jour sans fin.

Concernant l’illustrateur, le génial Edward Gorey, je ne vous apprendrai sans doute pas que sa mère a chanté La Marseillaise dans Casablanca ni que Tim Burton adore son univers. Mais saviez vous qu’il était fan de Buffy contre les vampires ? Comme toute personne de goût finalement.

Le rapetissement de Treehorn, Florence Parry Heide & Edward Gorey, Éditions Attila, 2009.

Indispensable dès 7 ans.

Popdouwizz

16 avril 2014 § 2 Commentaires

Popdouwizz couvEncore une enfant à qui ses parents refusent l’animal de compagnie de ses rêves ! Ça commence à m’ébouriffer. Que fait la police des copains pour la vie ?

Céleste trouve la solution : elle adopte un Popdouwizz, nuage morphoélastique, tout doux et glouton – et aussi super absorbant, ce qu’elle le découvre en prenant son bain avec lui. Il a bien d’autres talents, comme par exemple le don d’invisibilité. Ou des trucs carrément plus bizarres…

Un copain pour la vie qui sent bon le pop corn et fait caca des papillons, qui dit mieux ?

Le but du jeu étant de le garder toujours avec soi (pour le dîner, faire dodo, aller à l’école), Céleste élabore des stratégies. Mais la présence de ce petit compagnon, pas très doué pour l’incognito, provoque des rebondissements complètement déglingués dans sa vie quotidienne.

popdouwizz 3

Podouwizz

Avec ses couleurs joyeuses et sa folle liberté, Lili Scratchy sème la fantaisie partout où elle passe, tant mieux. Je me suis bien poilée en lisant ce petit roman graphique à mon popdouwizz à moi. Et il a eu le même effet sur notre journée qu’un bol de céréales aux chamallow multicolores : youpla boum, tralalalalère et vive l’anarchie !

Popdouwizz, Lili Scratchy, Les fourmis rouges, 2013

À partir de 7 ans.

Dodsworth in New York

14 avril 2014 § Poster un commentaire

Dodsworth in New York couvDans les livres de Tim Egan, il y a ce canard zinzin, il est d’enfer ! C’est celui de Bill, l’éléphant qui tient le meilleur café restaurant de la ville. Ne me demandez pas quelle ville : si je le savais, je serais en train de déguster ses pancakes ou ses tartelettes, au lieu de prendre racine devant mon ordinateur.

J’ai rencontré Bill et son canard avec Ça va barder ! La scène où le canard bombarde les méchants tigres de soufflés au chocolat nous a tellement fait gondoler, mes putchs et moi, qu’ils m’ont réclamé ce livre au moins 3650 soirs de suite. Après quoi ils sont directement passés à Breaking Bad, encore une histoire où ça barde.

Breaking bad

Les canards, moi je les fume.

Quelle ne fut pas ma joie de découvrir que le canard a fait son come back !

Et yes, les tigrounet, coucou c'est re-moi !

Et yes, coucou c’est re-moi !

Ce cinglé embarque en loucedé dans la valise de Dodsworth, venu petit déjeuner chez Bob avant de prendre le train pour New York… d’où il gagnera Paris et Londres. Un petit roman par capitale ? Yum yum ! J’ai aussi sec ébouriffé mon budget culturel pour m’approvisionner en canard, remisant sous mon lit Les moralistes du XVIIe, ouvrage vivement recommandé par l’Auteur.

Mes tigrounets, Creazy duck n’a pas changé. Il passe son temps à faire des bêtises, bombarde les gens de pancakes, de pain, de pop corn, d’avions en papier (enfin, en euros) et de fléchettes… Il s’échappe, se perd, voyage en train, en bateau, en ballon… Et de Brooklyn Bridge à Buckingham Palace, en passant par Notre-Dame de Paris où il sonne les cloches avec un drôle de bossu, Coin-Coin met un souk pas possible. Dodsworth lui colle au train en essayant de rattraper le coup. Duo mal assorti, comparse excentrique, situations farfelues, rebondissements imprévus : la parfaite screwball comedy à l’ancienne, mais à l’encre et à l’aquarelle. Tim Egan a une imagination aussi cinglée que son canard et ses dessins sont fantastiques.

Yo, je suis un canard royal et si tu me cherches, je te fume !

Yo, si tu me cherches, je te plume !

Alors j’en vois qui ronchonnent parce que c’est en anglais. Allô les éditeurs ? Il y a un canard à adopter par ici !

Dodsworth in New York, Dodsworth in Paris et Dodsworth in London, Tim Egan, Houghton Mifflin Harcourt, 2007 – 2008 – 2009.

Dodsworth in london couv Dodsworth in Paris couv

À partir de 6 ans, et jusqu’à beaucoup plus en guise de consolation à la fin de Breaking Bad.

Ah tiens, on me signale en régie que Dodsworth et son caneton ont aussi visité Rome et Tokyo. Crotte ! Les moralistes du XVIIe n’ont pas fini d’attendre.

Sans oublier : Ça va barder ! Tim Egan, Bayard éditions, 1999. Malheureusement épuisé, mais on le trouve d’occasion.

ça va barder

Il est où, le rigolo qui nous a laissé nous épuiser ?

 

Les Filouttinen

27 mars 2014 § 1 commentaire

Les filouttinenElle en a du bol, Liisa ! Enlevée par de truculents bandits de grand chemin, elle va passer les meilleures vacances de sa vie à se gaver de bonbecs et apprendre les ficelles du braquage ou du lancer de couteau, en parcourant la Finlande dans un road movie échevelé.

J’ai un faible pour la littérature scandinave depuis que ma copine d’enfance, une Suédoise nommée Fifi, me l’a fait découvrir. Aujourd’hui, repérer un livre jeunesse écrit à la lumière d’une aurore boréale suffit à dérider mes grands zygomatiques. Je ne sais pas si c’est ce qu’ils mangent là bas (hareng, wasa, herbes fraiches) ou les journées d’été et les longues nuits d’hiver, mais leurs bouquins sont sévèrement cinglés.

Fifi avait un singe (moi j'avais un frère)

Fifi avait un singe (moi j’avais un frère)

Ce roman ne fait pas exception, mes myrtilles. Ça démarre sur les chapeaux de roues – avec maman Filouttinen au volant comment en serait-il autrement ? Les Filouttinen ne braquent d’ordinaire que des objets usuels et de la nourriture, mais dans le feu de l’action, ils kidnappent Liisa par inadvertance. Tant pis, pas question de la rendre. En plus c’est leur meilleure prise depuis des siècles : elle est super maligne !

Eux-mêmes ne sont toujours très fute-fute. Ils compensent par d’autres qualités inestimables : leur art consommé de l’abordage de voiture à la viking (avec pillage de banquette arrière et de malle coffre express) et un cœur gros comme ça.

Tu te rappelles quand on semé le policier de Kummola et tout le toutim ? Ah, il courait comme un lapin, c’gros dodu ! Y’a pas ! Devait avoir sacrément la pétoche devant sa bonne femme, çui-là, pour en arriver là !

Alors pourquoi s’échapper, quand les vacances qui se profilaient si rasoirs en famille deviennent d’un coup palpitantes et sauvages ? Manger avec les doigts, punkiser des barbies, semer des pets de souris, traquer des paletots noirs, pratiquer la Fête des Bandits, son TaLu, ses ExCo, parier du vomi d’ovni… Liisa vit l’expérience à fond. Elle porte sur ses brigands poilants un regard d’ethnologue, tour à tour stupéfait, intrigué, amusé, passionné puis attendri. Et découvrant la liberté, elle en apprend le prix. Mais quand l’aventure tourne au vinaigre, elle décide de la sauver…

Coucou, c’est moi qui l’ai écrit. Et je suis rousse, comme Fifi !

Coucou, c’est moi qui l’ai écrit. Et je suis rousse, comme Fifi !

Grâce à l’ingéniosité de ce petit ange voyageur (qui voyage léger : un stylo et un carnet truffé de notes au fil de l’aventure), au terme de multiples rebondissements, chaque Filouttinen trouve exactement la place qu’il cherchait dans sa famille et dans le monde. Et nos grands zygomatiques ont bien travaillé.

Il paraît qu’une adaptation cinématographique est en cours, affaire à suivre.

Les Filouttinen, Siri Kolu, Didier Jeunesse, 2013

À partir de 10 ans pour mieux profiter du vomi d’ovni.

Sophie et la princesse des loups

11 mars 2014 § Poster un commentaire

Sophie et la princesse des loups

La salle à manger blanche était vide. Les reliefs du repas interrompu du général étaient toujours sur la table, la chaise de Sophie toujours renversée. Mais où étaient passées Delphine et Marianne ?

En lisant cette phrase, j’ai sursauté : mille pompons, il y a de la comtesse de Ségur dans ce roman ! Ce général, pour commencer, et le prénom de l’héroïne… D’autant qu’elle était Russe, notre comtesse. Or c’est en Russie que se déroule l’aventure, après un départ londonien très Petite princesse avec pensionnat et pauvre orpheline… Pourtant la Sophie de Cathryn Constable est une fille d’aujourd’hui. Et si le destin lui réserve quelques malheurs, elle connaitra un grand bonheur : celui découvrir son identité. Ça valait le coup, mes chers hérissons, car ce n’est pas n’importe qui, Sophie… bien qu’elle soit un brin rouillée de la comprenette, si vous voulez mon avis (moi j’avais tout compris au chapitre 14).

Je sais, le titre, la couverture… (Hé Gallimard ? Allô la Lune, ici la Terre !) Mais dès qu’on tourne les pages, on est pris. Le style est simple, vif, lumineux. Elles nous embarquent, ces filles qui n’ont pas froid aux yeux. Enlevées à Saint-Pétersbourg en plein voyage scolaire, abandonnées au cœur de la forêt glacée (et sans réseau), réfugiées dans un mystérieux palais d’hiver, entre les griffes d’une aventurière… Miam ! J’aime les contes de fée. C’en est un, cruel, mystérieux, hanté de princesses fantasques, d’ancêtres assassinés, de diamants disparus, souvenirs tragiques, ogre tyrannique, loups sauvages, faux alliés, vrais amis. On y avance à pas feutrés, emmitouflé dans un gros manteau, un châle fleuri et des bottes de feutre. Sous nos pieds, craquent le parquet d’une salle de bal abandonnée et, au dehors, la neige dangereuse.

Encore un récit où tourbillonnent les flocons… Je crois que la neige m’a beaucoup manqué cette année !

– La toska ? Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle.

– Il n’y a pas de traduction satisfaisante pour ce mot dans votre langue, mais c’est une sorte de tristesse, de mélancolie qui affecte l’âme des Russes. Notre remède, c’est de boire du thé…

Bonne idée. Je vous laisse : le samovar fume et j’ai un blini au caviar sur le feu.

Le flipbook.

Sophie et la princesse des loups, Cathryn Constable, Gallimard jeunesse, 2013

Dès 9 ans.

Où suis-je ?

Entrées taguées romans junior sur les carnets de l'ébouriffée.

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